Un lieu culturel dédié dans un village de 1560 habitants, est-ce bien raisonnable ?

Par Thomas Fournier, pour le collectif « Réunissons les Rutissons »

Voilà bien une question que tout habitant de Saint Vincent de Mercuze est en droit de se poser.

Après tout, la culture n’est pas une nécessité. Elle n’aide en rien pour ce qui est de respirer, boire, manger, éliminer, se protéger du froid et de la chaleur, être en sécurité, dormir. Nos 7 besoins vitaux.

Alors pourquoi se poser cette question de l’accès à la culture et pourquoi un lieu dédié ? Ou si j’oriente la question différemment : Est-il normal qu’en milieu rural, l’accès à la culture soit plus limité qu’en ville ?

Moins de 18 % des habitants de zones rurales ont un lieu de spectacle vivant dans leur commune, contre près de 50 % dans les grands centres urbains. 45 % des habitants des bourgs ruraux indiquent l’absence d’offre de spectacle vivant à proximité comme frein à leur pratique culturelle.

Pourtant, selon le ministère de la Culture, près de 60 % des Français assistent chaque année à au moins un spectacle vivant.

Cela signifie une chose simple : L’envie de culture est là, ce qui manque, c’est l’offre de proximité.

Et pour être attractif, il faut un endroit qui puisse accueillir dans de bonnes conditions.

Pas un lieu énorme non ! L’idée n’est pas de recréer un Coléo ou un espace Paul Jargot. L’idée est de disposer d’un lieu à taille humaine, capable d’accueillir du théâtre, de la danse, de la musique, des conférences, des expositions, des projections, des spectacles scolaires

Même un lieu d’une cinquantaine de sièges. Même un lieu rénové à moindre coût, sur le modèle de ce qu’a su faire Sainte Marie d’Alloix avec l’Av’Hangard. 

  • qui permettrait aux plus jeunes de renouer avec le spectacle vivant, lâchant ainsi pour quelques heures les écrans ;
  • qui permettrait aux plus âgés de se déplacer pour voir un spectacle ou une conférence, sans la contrainte du trajet, toujours dissuasive.

Pour qu’on se retrouve, pour qu’on crée du lien, pour qu’on ouvre notre esprit.

Allez, je rêve deux minutes :

  • Une fois par mois le mercredi après-midi, projection d’un film tout public avec rencontre et échanges à l’issue de la projection,
  • Le mardi soir de 20h00 à 20h30 : contes pour les petits et les plus grands. Lecture de contes pour initier les jeunes et moins jeunes au goût du conte et de la lecture … juste avant de filer au lit,
  • Un vendredi soir tous les 3 mois : « La R’vue ». Une « revue de presse » portée par un deux ou + … comédiens qui proposeraient une relecture du trimestre écoulé dans le monde et autour de nous. Avec possibilité de donner son approbation ou d’exprimer sa désapprobation !
  • Une fois par mois, accueil d’un spectacle amateur ou professionnel (en lien avec les propositions de délocalisation des spectacles de Paul Jargot, de la MC2, … ou les initiatives proposées dans le Plan Culturel de Territoire du Grésivaudan),

Des centres culturels actifs en milieu rural ont montré une augmentation de 37 % du nombre de jeunes inscrits à des activités artistiques, par rapport à des villages sans équipement culturel. 

Mais nous avons déjà une salle polyvalente. Pourquoi ne pas s’en contenter ?

Question légitime. Une salle polyvalente – deux même si on compte la Synapse – c’est bien ! mais ce type de salle est pensé pour tout faire… donc pour ne rien faire parfaitement.

  • Elle sert aux repas, aux fêtes, aux réunions,
  • Elle n’est pas conçue pour l’acoustique d’un spectacle,
  • Elle n’a pas de scène adaptée, pas d’équipement lumière pérenne, pas de gradins, pas de loges,
  • Chaque événement culturel devient une installation provisoire.

Là où un lieu dédié, lui, permet :

  • une programmation régulière ;
  • l’accueil de compagnies amateures ou professionnelles ;
  • des partenariats avec les écoles ;
  • des ateliers pour les jeunes ;
  • des résidences d’artistes ;
  • une vraie saison culturelle.

Ce n’est pas seulement un bâtiment. C’est un outil structurant. Et, au-delà de la culture, il s’agit de la vie du village.

Un lieu vivant attire les habitants. Il crée des occasions de se rencontrer, il donne aux jeunes une raison de rester, il renforce l’attractivité du territoire.

Comme le disait André Malraux, « La culture ne s’hérite pas, elle se conquiert ». Si nous voulons que notre village reste dynamique, solidaire et ouvert sur l’avenir, cette conquête nous appartient.

Ce projet n’est pas un luxe, c’est un choix de vitalité !

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